Doryanthes Palmeri W. Bull

Une plante succulente aux fleurs remarquables

Une espèce singulière est actuellement en floraison au jardin Thuret : Doryanthes Palmeri

Le genre Doryanthes ne compte que deux espèces : Doryanthes palmeri et Doryanthes excelsa toutes deux endémiques de la côte orientale australienne. Les deux espèces sont présentes au jardin Thuret depuis la fin du XIXème siècle. La floraison de Doryanthes palmeri est peu fréquente, en milieu naturel, en moyenne tous les 13 ans. Cependant, au Jardin Thuret, l’espèce semble particulièrement bien adaptée aux conditions méditerranéennes puisque chaque touffe fleurit tous les trois ans environ. Vous pouvez actuellement découvrir un des remarquables spécimens de Doryanthes palmeri (communément appelé lys-lance géant), dès l’entrée du jardin, sur votre gauche. Sa floraison spectaculaire retiendra votre attention : des fleurs charnues rouge vif, mesurant 10 à 12 cm, regroupées sur une impressionnante hampe florale pouvant atteindre 5 mètres de haut, courbée sous le poids des fleurs. Ses feuilles en « lames d’épée », longues de 2 à 3 mètres, renforcent encore cette allure imposante et remarquable. 

Hampe Doryanthes Palmeri.jpeg

Cette forme originale s’accompagne d’adaptations écologiques particulières. En effet, cette plante succulente ne stocke pas d’eau dans ses feuilles mais plutôt dans sa souche charnue. Dans son milieu naturel, les feux de brousses stimulent sa floraison et la germination des graines, c’est une espèce qui peut être qualifiée de pyrophile.

Originaire de l’est de l’Australie, Doryanthes palmeri est une espèce assez rare. Elle a été classée comme vulnérable en 1995 dans le cadre du Threatened Species Conservation Act de Nouvelle-Galles du Sud. Cette évaluation a, par la suite, été confirmée grâce à une étude réalisée par Perry en 2001. Pour autant, elle n’est pas reconnue comme menacée à l’échelle internationale par l’UICN (Union Internationale de Conservation pour la Nature). En effet, son statut varie en fonction des Etats australiens : à titre d’exemple, le Queensland ne la considère pas menacée. Ce comportement surprenant mériterait d’être étudié de plus près, en réalisant par exemple un suivi régulier de sa floraison.

Illustration Doryanthes.jpg

Illustration de Doryanthes Palmeri issue du Curtis's Botanical Magazine Vol CIX (1883)

Un peu d'histoire 

Bien avant son intérêt horticole en Europe, Doryanthes palmeri occupait déjà une place importante dans les usages traditionnels en Australie. De nombreux peuples aborigènes utilisaient les racines dans leur alimentation, notamment pour la confection de galettes cuites. Ils faisaient également rôtir les jeunes hampes florales, qu’ils consommaient comme légumes. 

L’espèce Doryanthes palmeri a été décrite pour la première fois par le pépiniériste anglais William Bull en 1873 dans le Garderner’s Chronicle. Cette découverte s’inscrit dans un contexte d’intérêt croissant pour la flore australienne en Europe au XIXe siècle.

Ainsi, dans un article publié en janvier 1883 dans le Curtis’s Botanical Magazine, Joseph Dalton Hooker évoque les premières floraisons du genre Doryanthes en Europe au début du XIXe siècle, qu’il qualifie comme l’une des merveilles du royaume végétal. La création du genre est attribuée à José Francisco Corrêa da Serra, qui le décrit comme un proche parent des agaves.

Les Doryanthes au Jardin Thuret

Les documents, ouvrages, herbiers et archives conservés par INRAE, ont permis de retracer l’introduction des espèces du genre Doryanthes au Jardin Thuret à la fin du XIXe siècle, sous l’impulsion de Gustave Thuret puis de Charles Naudin. Découvrez d’ailleurs l’hommage manuscrit d’Emile Sauvaigo à Charles Naudin dans son ouvrage Flora Mediterranea Exotica numérisé à partir du fonds ancien de la Villa Thuret sur Agate, la bibliothèque numérique patrimoniale INRAE.

Grâce à l’herbier conservé à la Villa Thuret, nous savons que l’unique autre espèce du genre, Doryanthes excelsa, a fleuri dans le jardin en octobre 1872, soit quelques mois avant la description de Doryanthes palmeri. Le premier spécimen de Doryanthes palmeri n’a été introduit au jardin qu’en 1878 par Charles Naudin, nommé directeur du jardin la même année.

Planche herbier Doryanthes.jpg

Planche d'herbier de Doryanthes excelsa conservée à la Villa Thuret (1872)

Plus tard, Georges Poirault, directeur du site à partir de 1899 jusqu’à son décès en 1936, mentionnait la présence de Doryanthes palmeri dans son inventaire en 1931.

Ce spécimen, toujours présent au jardin aujourd’hui, témoigne à la fois de la richesse botanique et historique du site et de la remarquable capacité d’adaptation de certaines espèces exotiques au climat méditerranéen.

Doryanthes Palmeri plante.jpg

Voir aussi